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Un urbanisme doux pour Toulouse

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L'urbanisme rationaliste ou le mouvement moderne en architecture dont Le Corbusier est le plus connu des représentants français a eu une telle heure de gloire qu'il est enseigné maintenant dans toutes les écoles d'architecture.

Sur le terrain, l'urbanisme rationaliste a négligé la forme des villes et leur histoire,  et l'on retrouve aujourd'hui les mêmes bâtiments dans toutes les banlieues européennes avec une trame urbaine dans laquelle les rues ont perdu leur caractère d'espace public. Il s'agit en général de banlieue verticale et/ou en barre, implantée au milieu de vastes espaces dégagés transformé peu à peu en  nappes de parking et traversée par des voies automobile.

Ainsi, la théorie de l'urbanisme rationaliste mise eu point par Le Corbusier a souvent abouti à des dysfonctionnements urbains majeurs lorsqu'elle a du composer avec les contraintes de rentabilité des promoteurs publics ou privés, la montée en puissance de l'automobile et les pouvoirs des maires architecte qui ont voulu façonner leur ville à leur façon, en ignorant son histoire.

Pour privilégier le bon vivre en ville, enjeu majeur aujourd'hui, nous proposons un urbanisme doux qui permettra à tous de cohabiter le mieux possible avec tous.

 

Tout d'abord, il ne faut pas ignorer l'histoire de sa ville. Il faut retrouver pour la réinventer la forme traditionnelle de ses rues et de ses places, ces espaces primordiaux qui ont concouru à créer les villes européennes au cours de leur histoire urbaine et architecturale.

Proposer un urbanisme doux pour une ville, c'est prolonger la morphologie de la ville ancienne en y intégrant l'architecture contemporaine avec ses nouvelles technologies, ses adaptations aux évolutions des modes de vie et les nécessités du développement soutenable. Les nouveaux bâtiments doivent se couler ou prolonger l'ensemble des rues et de places qui forment la ville car ce sont les bâtiments qui font la rue. En ville, un bâtiment n'existe pas par lui-même. La façon dont on le voit est dictée par l'urbanisation qui l'entoure, par la rue, la place, le quartier dans lequel il s'insère. Ainsi, l'architecture ne doit faire qu'un avec l'urbanisme.

 Urbanisme

C'est l'ensemble des quartiers où les habitants vivent et entretiennent des relations de voisinage qui de proche en proche constitue la ville. Dans un quartier qui vit bien, on y trouve une rue avec des commerces, des bistrots, des librairies, des magasins, des services. C'est cette diversité qui constitue l'âme des quartiers et de proche en proche l'âme de la ville.

 

Proposer un urbanisme doux, c'est prendre à l'histoire de chaque ville européenne ses formes traditionnelles, ses éléments fondamentaux pour perpétuer l'idée de ses rues, du centre à la périphérie, à travers toutes les modes architecturales.

Pour l'agglomération toulousaine, l'architecture des matériaux et techniques traditionnelles liées aux briques et tuiles en terre cuite ou crue en est le marqueur, tout comme la trame urbaine historique avec ses places triangulaires et son parcellaire spécifique. Mais il serait absurde de vouloir renouer avec les toulousaines maraîchères du XIXe ou les commerces médiévaux du cardo romain.

Il s'agit plutôt de reprendre la trame urbaine en la prolongeant et en adaptant l'art des corniches, modénatures de terres cuites et toits de tuile aux techniques architecturales contemporaines.

Comme Toulouse chaque ville d'Europe conserverait sa diversité architecturale et de mode de vie urbaine, tout en étant traversée par les modes et techniques architecturales contemporaines, mais adaptées à leur propre histoire.

En ce qui concerne les quartiers périphériques, il faut s'appuyer sur les quartiers existants pour donner à la banlieue les qualités des centralités, de faire en sorte que vivre là, c'est vivre dans la ville.

Associer aussi la reconquête des franges urbaines périphériques pour organiser une agglomération dans laquelle espaces agricoles ou de nature et espaces urbains s'enchevêtrent harmonieusement.

Nature en ville

Mettre en œuvre un urbanisme doux passe par l'action politique, tant des habitants que des élus. En France, cela passe par la réglementation issue des Schémas de Cohérence Territoriale pour mettre fin à l'étalement urbain, par celle des plans locaux d'urbanismes pour favoriser un parcellaire historique, une politique foncière et des programmes publics d'urbanisation pour décider les programmes et mener l'urbanisation douce avec des cahiers des charges précis.

*Cet article s'appuie sur les écrits d'Oriol Bohigas, ancien adjoint du Maire de Barcelone.

**Les politiques sociales, commerciales, de déplacement et de gestion de l'espace public qui contribuent aussi fortement au bien vivre urbain ne sont pas traitées dans cet article.

Jean-Charles VALADIER

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